<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<?xml-stylesheet href="http://www.pierredebeauville.com/xml/atom.xsl" type="text/xsl" media="screen"?>
<?xml-stylesheet href="http://www.pierredebeauville.com/xml/atom.css" type="text/css" media="screen"?>
<feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom"  xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" xmlns:geo="http://www.w3.org/2003/01/geo/wgs84_pos#" xmlns:georss="http://www.georss.org/georss" xmlns:photo="http://www.pheed.com/pheed/">
 <title>Pierre de Beauvillé site officiel</title>
 <subtitle><![CDATA[Site officiel, présentation professionnelle et blog de Pierre de Beauvillé, conseil éditorial, rédacteur, auteur, essayiste.]]></subtitle>
 <link rel="alternate" type="text/html" href="http://www.pierredebeauville.com" />
 <link rel="self" type="text/xml" href="http://www.pierredebeauville.com/xml/atom.xml" />
 <id>http://www.pierredebeauville.com/</id>
 <updated>2012-02-23T01:50:19+01:00</updated>
 <generator uri="http://www.wmaker.net">Webzine Maker</generator>
  <icon>http://www.pierredebeauville.com/favicon.ico</icon>
  <entry>
   <title>Millénium, une si moderne trilogie</title>
   <updated>2012-01-26T13:47:00+01:00</updated>
   <id>http://www.pierredebeauville.com/Millenium-une-si-moderne-trilogie_a52.html</id>
   <category term="Blog" />
   <photo:imgsrc>http://www.pierredebeauville.com/photo/art/imagette/3724171-5526959.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2012-01-26T13:32:00+01:00</published>
   <author><name>Pierre De Beauvillé</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Texte publié dans Causeur à l'occasion de la sortie du film de David Finscher en janvier 2012, tiré de la trilogie à succès de Stieg Larsson. Le texte publié ayant subi quelques coupures, je reproduis ici le texte intégral tel qu'envoyé au magazine.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.pierredebeauville.com/photo/art/default/3724171-5526959.jpg" alt="Millénium, une si moderne trilogie" title="Millénium, une si moderne trilogie" />
     </div>
     <div>
      <b>AVERTISSEMENT: Les lignes qui suivent contiennent un certain nombre d’éléments « spoilers » pour qui n’aurait pas fini de lire ou voir la trilogie, ou envisagerait de s’y mettre. Le présent texte s’adresse donc à des gens qui l’ont lue ou vue !</b>       <br />
              <br />
       La trilogie Millénium, œuvre du suédois Stieg Larsson, dont l’adaptation cinématographique par David Fincher sort en décembre 2011, restera l’un des grands phénomènes d’édition des années 2000. Les raisons premières de cet engouement ont été largement établies, nous n’y reviendrons pas : titres intrigants, qualité intrinsèque du récit, suspens prenant, personnages attachants, halo de mystère entourant l’auteur mort après avoir livré son ultime manuscrit, etc. Allons un peu plus loin. Tâchons de comprendre comment la saga Millénium a pu entrer en résonance avec notre époque, pourquoi notre époque s’est retrouvée en elle et l’a portée aux nues. Il apparaît en effet que la trilogie Millénium aborde en filigrane un certain nombre de thèmes situés au cœur des préoccupations contemporaines. Et sur ces sujets, Millénium brosse plutôt l’époque dans le sens du poil.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Sens du poil</b></div>
     <div>
      Millénium a beaucoup plu aux journalistes. Florence Aubenas a ainsi commis un article dithyrambique : « Comment Millénium m’a envahie » dans <a class="link" href="http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20080214.BIB0792/comment-millenium-m-039-a-envahie.html">Le Nouvel Observateur</a>.       <br />
       Et pour cause ! Mickael Blomkvist, le héros de la saga, est à lui seul une sorte d’idéal du métier, qu’il exerce dans des conditions rêvées : patron d’un journal engagé, il est grassement payé et logé par un millionnaire, Henrik Vanger, pour enquêter, en toute liberté, sur la disparition non-élucidée de la petite-nièce du magnat. En ces temps de  précarité dramatique et de bouleversements du métier, la situation de Blomkvist a de quoi faire rêver plus d’un soutier de l’information. L’autre héros de l’histoire, Lisbeth Salander, connait comme Blomkvist un heureux destin financier. Son emploi en freelance chez Milton Security lui assure des revenus réguliers jusqu’au «jackpot », la fortune de l’homme d’affaire Wennerström détournée grâce à ses compétences en piratage informatique.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Argent facile</b></div>
     <div>
      Que ce soit pour Salander ou pour Blomkvist, un gros gain d’argent vient ainsi délivrer les protagonistes du souci de « travailler pour vivre ». Dans les deux cas, la fortune survient de manière miraculeuse, par un mécénat ou un acte de délinquance informatique, sans véritable contrepartie et sans que le bénéficiaire soit tenu de faire beaucoup d’efforts pour mériter ce gain.       <br />
       Que nous disent ces facilités financières décrites par Millénium ?  Que l’on n’est vraiment libre et indépendant que si l’on roule sur l’or. Que l’aisance n’est liée à aucune forme de mérite particulier (quoique Mickael est engagé par Vanger sur la base de son parcours antérieur), mais peut résulter du hasard des circonstances, voire du viol caractérisé des lois par une personne présentée comme une victime de la société (Salander). En définitive, que l’argent facilement obtenu, par tout moyen est enviable comme condition de la liberté individuelle… et de la vérité, puisque c’est au terme de son enquête sponsorisée que Blomkvist fait la lumière sur l’histoire de la famille Vanger. Dans Millénium, roman bling-bling, gagner beaucoup et vite, c’est moralement bien, peu importe les moyens.        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Sexualités modernes</b></div>
     <div>
      Mickael Blomkvist a une vie sexuelle riche, faite de conquêtes multiples (Cécilia Vanger, Harriet Vanger, Lisbeth) et d’une relation suivie en la personne d’Erika Berger, son associée et collègue du journal Millénium, qui est sa « fuck friend ». A ce titre le personnage Blomkvist campe un deuxième fantasme, celui du quadra « séducteur malgré lui » qui tombe les petites jeunes en manque de figure paternelle et dont les collègues sont secrètement éprises. Une figure romanesque digne des plus belles pages de Biba, Jalouse, et autres merveilles iconoclastes de la presse féminine… De son côté, la bisexualité assumée de Lisbeth Salander lui ouvre les portes de nombreuses expériences, hétéro (avec Mickael Blomkvist, avec le jeune George Bland aux Caraïbes) ou homo (avec Myriam Wu), en une liberté totale guidée par l’instinct et l’instant.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Méchants très méchants</b></div>
     <div>
      En regard des deux figures attachantes, riches, libres, « engagées » et sexy du journaliste et de la hackeuse, les méchants font pâle figure. Dans le premier tome, icônes des anciens ordres patriarcaux, « les hommes qui n’aimaient pas les femmes » sont des homos refoulés, des sadiques machos dominateurs qui abusent de leur position sociale (tuteur de jeune délinquante ou riche père de famille) pour assouvir leurs bas instincts. Dans le second tome, les ennemis sont des bikers buveurs de bière et néo-nazis. Le troisième tome m’est, je l’avoue, tombé des mains. Figures et procédés usés jusqu’à la corde, degré zéro de la création scénaristique, mais procédés calqués sur l’engagement personnel de l’auteur Stieg Larsson de son vivant.        <br />
              <br />
       Résumons donc : pognon à foison comme condition de la liberté, de la dignité et de la vérité ; liberté absolue et indifférenciation sexuelle ; contradictions morales assumées (Blomkvist est rebelle ET patron de presse, Salander applique la loi du Talion MAIS elle est dans son bon droit) ; tolérance à géométrie variable vis-à-vis des manquements à la loi ; ultra-violence pour la bonne cause (féministe) ; antinazisme avec 60 ans de retard comme minimum syndical de pensée politique… Millénium, sous une apparence iconoclaste et innovante, reste un roman conforme à l’époque.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="http://www.pierredebeauville.com/Millenium-une-si-moderne-trilogie_a52.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Après la démocratie, d'Emmanuel Todd</title>
   <updated>2011-11-16T15:53:00+01:00</updated>
   <id>http://www.pierredebeauville.com/Apres-la-democratie-d-Emmanuel-Todd_a51.html</id>
   <category term="Lectures" />
   <photo:imgsrc>http://www.pierredebeauville.com/photo/art/imagette/3437568-4946594.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2011-11-16T12:14:00+01:00</published>
   <author><name>Pierre De Beauvillé</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Il faut lire ce livre de 2008, parfois énervant, toujours stimulant, pour comprendre quelques fondamentaux de notre époque.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.pierredebeauville.com/photo/art/default/3437568-4946594.jpg" alt="Après la démocratie, d'Emmanuel Todd" title="Après la démocratie, d'Emmanuel Todd" />
     </div>
     <div>
      Paru en 2008, aujourd'hui disponible en poche, &quot;Après la démocratie&quot; d'Emmanuel Todd est un livre trans-disciplinaire qui a le mérite de tenter de penser la crise - et l'économie au sens large - à la lumière de nombreuses sciences sociales : anthropologie, sociologie politique, histoire,  philosophie...       <br />
              <br />
       La thèse, souvent rebattue mais à mon avis pertinente, que le laminage économique des classes moyennes fait peser une menace sur la démocratie politique, est toujours bien présente dans ce livre (car ces classes moyennes sont historiquement porteuses de l'idéal démocratique égalitariste). Emmanuel Todd reste fidèle à ses marottes doctrinales, expliquant les différences de valeurs et structures politiques entre pays par les différences de structures anthropologiques familiales et de règles successorales historiques.       <br />
              <br />
       Mais cette fois, ses analyses sont résumées pour être poussées plus loin, agrémentées de considérations diverses sur l'éducation, le revenu, le déclassement, la vacuité idéologique et le narcissisme contemporain, les différences entre élites (capitalistes industriels contre capitalistes financiers)... Autant de thèmes a priori sans rapport entre eux, mais qui finissent par dresser un constat terrible des dérives anti-humanistes de notre modernité, tiraillée par des forces l'éloignant des aspirations égalitaires et démocratiques.       <br />
              <br />
       Bref, il est très difficile de résumer le propose de ce livre hétéroclite, aux propos parfois contradictoires et de mauvaise foi, mais toujours passionnants. Le mieux que je puisse faire est d'en sélectionner quelques vivifiants passages, livrés ici à votre réflexion.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Revenu, inégalités, bien-être et qualité de vie</b></div>
     <div>
      &quot;Le bien-être ne se réduit pas à un niveau de revenu. (...) Le bien-être, celui d'un riche comme celui d'un citoyen ordinaire, c'est aussi de  vivre dans un environnement humain équilibré, où l'on n'est pas menacé d'agression, où l'on ne croise pas trop de marginaux atteints de tuberculose ou d'une autre affectation grave non soignée, où l'éducation n'est pas une lutte pour la survie. En vérité, le monde de l'inégalité est infernal, y compris pour les soi-disant profiteurs du système, qui sont touchés, particulièrement à travers leurs enfants, par une évolution sociale régressive.       <br />
              <br />
       Le séparatisme social, qui a mené les riches à s'enfermer dans leurs banlieues, leurs écoles, leurs universités, est peut-être une solution aux Etats-Unis. Mais en Europe, se séparer du reste de la société, ce serait déserter la vie des centre-villes chargés d'histoire et de beauté, une véritable dégradation de la qualité de la vie.&quot;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Niveau d'éducation, individualisme et narcissisme</b></div>
     <div>
      &quot;L'homme nouveau est vraiment nouveau. Il n'y a dans l'histoire aucun précédent à l'émergence d'un groupe social comprenant des millions de personnes formées par 15 à 20 ans d'éducation continue.       <br />
              <br />
       (...) L'avènement d'une classe culturelle éduquée et nombreuse a créé les conditions d'une fragmentation de la société. Pour la 1ere fois les &quot;éduqués supérieurs&quot; peuvent vivre entre eux, produire et consommer leur propre culture. Le monde dit supérieur peut se refermer sur lui-même, vivre en vase clos et développer une attitude de mépris vis-à-vis des masses et du populisme qui naît en réaction à ce mépris. Le roman, le cinéma sombrent dans les petites soucis des éduqués supérieurs dans un nombrilisme culturel qui s'éloigne des problèmes de la société et donc de l'homme. La hausse du niveau éducatif produit donc à ce stade une régression de la haute culture.       <br />
       Rien de définitif à ce constat : l'appauvrissement économique en cours des jeunes éduqués supérieurs nous promet un revirement.&quot;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Richesse, ennui, pouvoir</b></div>
     <div>
      &quot; Autrefois, les privilégiés se livraient volontiers à la philanthropie, laquelle dérivait d'un sens religieux de la responsabilité sociale. (...) Les quelques exutoires qui s'offrent encore au super-riche sont peu satisfaisants (...). L'issue la plus commune,  et la plus dangereuse, un pas en avant dans l'aliénation humaine, est de convertir le besoin de richesse en désir de pouvoir pur. (...) Nos classes de plus en plus privilégiées sont, paradoxalement, de plus en plus insatisfaites, de plus en plus rapaces, de plus en plus hostiles à l'Etat.(...) Nous n'avons plus à faire à une logique d'efficacité économique, mais à une dynamique de pouvoir.&quot;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Capitalisme industriel vs Capitalisme financier</b></div>
     <div>
      &quot;(...) L'industriel est quand même, au fond, un technicien, un créateur de richesse, un bâtisseur et un vendeur. Contraint de placer sa marchandise, il doit se situer dans un rapport de négociation et de séduction avec l'acheteur éventuel (...). La presse a voulu voir dans les poursuites engagées contre Denis Gautier-Sauvagnac et l'Union des Industries métallurgiques et minières une tentative de moralisation de la vie économique, sociale et politique.  Nous devons au contraire déceler dans cette affaire - révélation tardive de pratiques que tout le monde connaissait depuis un demi-siècle - une étape dans la montée en puissance du capitalisme financier français, et dans la mise au pas de ce qui reste de capitalisme industriel.&quot;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Libre-échange, demande mondiale, effets négatifs</b></div>
     <div>
      &quot;Dans la France d'après-guerre (...) les patrons savaient que les salaires distribués aux ouvriers contribuaient à la formation d'une demande intérieure nationale. (...)Dès lors qu'une entreprise produit essentiellement pour le marché mondial, elle se met (...) à concevoir les salaires qu'elle distribue comme un coût pur (...).       <br />
       Si toutes les entreprises de tous les pays du monde se mettent à considérer les salaires comme un coût pur (...), les salaires tendent à se comprimer, et la demande à retarder sur la croissance de la productivité. (...) Les entreprises vivent dans l'obsession de la demande, qu'elles cherchent toujours plus à l'extérieur du territoire national, sans réaliser que si les entreprises des pays étrangers font la même chose, la situation ne va pas s'arranger.&quot;       <br />
              <br />
       &quot;Le libre-échange n'est plus un sujet intellectuellement intéressant. Il y a une dizaine d'années, l'argumentation pour et contre avait pour but d'anticiper ses conséquences positives et négatives. Elles sont désormais sous nos yeux.(...) L'ouverture commerciale peut être bénéfique dans certaines phases de l'histoire économique, entre certaines régions, entre certains pays, mais il existe aussi des phases durant lesquelles la protection s'avère nécessaire.&quot;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L'Europe, la Chine, l'écologie</b></div>
     <div>
      &quot;C'est bien parce que les dirigeants européens encouragent la délocalisation de la production en Chine, où les rendements énergétiques sont dignes du XIXe siècle, que la pollution augmente dans le monde. L'Europe ne progresse pas sur le plan écologique, elle délocalise sa pollution.&quot;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="http://www.pierredebeauville.com/Apres-la-democratie-d-Emmanuel-Todd_a51.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>E-Réputation, industrie ou artisanat ?</title>
   <updated>2012-01-26T13:47:00+01:00</updated>
   <id>http://www.pierredebeauville.com/E-Reputation-industrie-ou-artisanat_a49.html</id>
   <category term="Blog" />
   <photo:imgsrc>http://www.pierredebeauville.com/photo/art/imagette/3413388-4909446.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2011-11-07T14:15:00+01:00</published>
   <author><name>Pierre De Beauvillé</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
A la demande d'un contact sur Internet, j'ai été amené à développer et préciser ma vision des enjeux et limites de l'e-réputation notamment pour les entreprises. Voici le texte issu de ma réflexion, enrichi de quelques suppléments. Il comporte quelques rappels de bon sens et, je l'espère, offre une prise de recul salutaire sur ce sujet où mode et précipitations peuvent faire dire tout et son contraire.     <div><b> Réticences culturelles : en tenir compte, y répondre</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.pierredebeauville.com/photo/art/default/3413388-4909446.jpg" alt="E-Réputation, industrie ou artisanat ?" title="E-Réputation, industrie ou artisanat ?" />
     </div>
     <div>
      Beaucoup d’entreprises, d’institutions ou d’individus ne sont pas toujours forcément conscients des enjeux, en terme d’image et de business, de leur réputation en ligne. Ainsi les décideurs qui ne sont pas forcément familiers de l’Internet 2.0 peuvent se montrer hésitant à se lancer ou à investir dans le sujet, considérant qu’il s’agit, après tout, d’une tâche marginale et accessoire par rapport à la communication institutionnelle classique et que les réseaux sociaux par exemple ne sont pas un « média sérieux » à veiller et à investir.       <br />
              <br />
       L’une des tâches essentielles d’un responsable e-reputation et veille, en préalable à toute démarche, est alors parfois de convaincre les décideurs de son entreprise, ou les clients de son agence. Il lui faut être force de proposition et de persuasion, pour convaincre de l’enjeu de la e-reputation et de la nécessité d’investir du temps et des budgets sur ce domaine.        <br />
              <br />
       Cette force de persuasion passe par des arguments stratégiques, financiers, techniques qui doivent veiller à rester en cohérence avec la stratégie globale de l’entreprise. Il ne s’agit pas de faire de l’e-reputation et de la veille pour faire de l’e-reputation et de la veille, mais d’adopter une démarche structurée et rationnelle qui produira des effets concrets en termes financiers (ROI), aussi bien qu'en termes opérationnels : désamorçage d’une crise d’image, identification et contre-attaque en cas de buzz négatif, identification des relais d’opinions incontournables pour une stratégie de communication, etc.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Outils, pratiques, acteurs : gérer la diversité</b></div>
     <div>
      Les outils de veille, d’e-reputation et de cartographie existants sont nombreux, variés, de même que sont de plus en plus nombreux et en concurrence les agences, webagency et autre experts autoproclamés de ces questions. Les professionnels et leurs donneurs d’ordre manquent de recul pour connaître les futurs standards du marché et savoir où se situer, quelles armes choisir, de quels partenaires s’entourer. Ainsi, tel professionnel misera sur les outils grand public gratuits, telle agence fera développer un outil de veille propriétaire dédié au client…        <br />
       Les pratiques professionnelles sont encore « en développement », sans véritable référence théorique, non-formalisées malgré les multiples Livres Blancs et ouvrages sur la question. Elles empruntent aussi bien à la communication institutionnelle et d’influence et à l’intelligence économique, qu’aux techniques de rédaction web (SEO) et aux techniques du marketing direct…       <br />
              <br />
       Face à cette diversité et à ce côté « improvisé » et nouveau de l’e-réputation et de la veille, la solution passe par une vraie structuration de la stratégie web : Veiller et s’exprimer, très bien, mais qui le fait ? pourquoi, où, sur quel réseau social, avec quoi, dans quel but, vers quelles cibles? Pour quels résultats attendus ? Obtenir des réponses précises à toutes ces questions est une des tâches du chargé de veille et d’e-réputation, afin de bâtir une vraie politique durable en la matière, et ne pas perdre le temps et l’argent de son entreprise en vains développements.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Faire face au manque de visibilité</b></div>
     <div>
      Community Management, Curation, Open Data, SEO, Rich media, Cloud computing, Crowdsourcing, Métadonnées… Dans le nouveau vocabulaire du Net, que doit connaître un responsable de veille et d’e-reputation, difficile de savoir ce qui relève de la mode passagère ou de la tendance de fond. Faut-il tout apprendre et tout comprendre, au cas où ? Investir toutes les tendances, quitte à perdre du temps et de l’argent ? Encore une fois, la diversité et la multitude des sujets à aborder risque de noyer l’image et le message de l’entreprise, qui peut perdre sa légitimité et, en intervenant partout, n’influencer nulle part.       <br />
              <br />
       La stratégie veille et e-réputation formalisée en premier lieu doit être assez souple pour permettre des initiatives ou des « tests » sur tous les nouveaux sujets de la communication 2.0. Mais elle doit être assez précise pour éviter d’aller se perdre dans des expérimentations hasardeuses. Là encore, le responsable veille et e-réputation doit être force de proposition et de conviction, mais il doit savoir aussi dire « non », et garder son esprit critique en face de l’émergence de diverses modes plus ou moins « geeks ». 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Industrie ou artisanat ?</b></div>
     <div>
      Pour finir, il me semble qu'un bon responsable e-reputation doit ainsi avoir l’esprit d’innovation tout en gardant les pieds sur terre, savoir être « clic and mortar ». Il doit savoir coordonner en permanence la communication virtuelle dont il a la charge, avec les activités réelles et la communication « dans le dur » de l’entreprise, ses collaborateurs, ses chefs de produit, ses clients et fournisseurs, et ses initiatives de terrain, sans être esclave des outils et process qui tendent à pousser à une mécanisation croissante des activités (veille, reporting, multi-publication...).       <br />
               <br />
       Pour réussir dans cette nouvelle industrie, il faudra sans doute savoir rester un petit peu artisan.       <br />
              <br />
              <br />
       Intéressant, en complément, ce petit Slide de LinkFluence : <a class="link" href="http://www.scribd.com/doc/59072977/Les-10-arnaques-de-la-veille-en-e-reputation">Les 10 arnaques de la veille en e-reputation</a>       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="http://www.pierredebeauville.com/E-Reputation-industrie-ou-artisanat_a49.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Internet, berceau de nouvelles idéologies ?</title>
   <updated>2012-01-26T13:48:00+01:00</updated>
   <id>http://www.pierredebeauville.com/Internet-berceau-de-nouvelles-ideologies_a48.html</id>
   <category term="Blog" />
   <photo:imgsrc>http://www.pierredebeauville.com/photo/art/imagette/3325518-4771881.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2011-10-04T16:07:00+02:00</published>
   <author><name>Pierre De Beauvillé</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Quoi de commun entre Eric Schmidt et Larry Page, dirigeants de Google, Julian Assange, créateur de Wikileaks, un Anonymous, jeune activiste du web underground, ou encore le journaliste Edwy Plenel, fondateur de Mediapart, qui vient de lancer FrenchLeaks, le Wikileaks français ? Tous croient au pouvoir subversif et révolutionnaire d’Internet et des réseaux sociaux. Tous pensent que les outils numériques interconnectés, partagés et largement accessibles peuvent « changer le monde ». Et tous souhaitent jouer un rôle actif dans cet usage des réseaux, afin d’y parvenir effectivement.     <div>
      Que leur conviction soit fondée ou non n’est pas ici le sujet. Le rôle joué par certains réseaux sociaux dans les révoltes arabes de l’hiver 2010-2011 tendrait à montrer qu'elle l’est.       <br />
              <br />
       Ce qui nous intéresse ici, c’est le constat de cette communauté de vues et d’ambition, cette foi neuve en un progrès technique qui doit nécessairement apporter plus de concorde, d’équilibre et de bonheur au monde. Quand les élites du web (patrons des plus grandes multinationales) semblent partager, avec les rebelles des réseaux (hackers, cybermilitants, activistes altermondialistes) certaines valeurs et objectifs, sommes-nous en présence d’une idéologie au sens politique du terme ? Il semble plutôt qu’émerge en notre modernité, sous l’œil complaisant des médias 2.0 postés en observateurs, une sorte d’idéalisme pétri de contradictions, à la fois naïf et autoritaire, bien pensant et subversif, puritain et libertaire, moraliste et cynique, exalté et pragmatique.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le messianisme googlien</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.pierredebeauville.com/photo/art/default/3325518-4771881.jpg" alt="Internet, berceau de nouvelles idéologies ?" title="Internet, berceau de nouvelles idéologies ?" />
     </div>
     <div>
      Don’t be evil. Ne soyez pas méchant. Ne nuisez pas. Telle est la philosophie du plus puissant acteur d’Internet, Google. Cette phrase n’est pas un slogan à vocation commerciale mais plutôt une devise à usage interne, <a class="link" href="http://www.google.com/about/corporate/company/tenthings.html">qui se décline en 10 certitudes</a>. Ainsi la numéro 6 : « Il est possible de gagner de l'argent sans vendre son âme au diable ». En 2008, à la <a class="link" href="http://www.newsfactor.com/story.xhtml?story_id=60275&amp;full_skip=1">question d’un journaliste</a> sur la façon dont Google envisage de rentabiliser l’acquisition de Youtube, célèbre plateforme de partage de vidéos, Eric Schmidt, Pdg du moteur de recherche (<a class="link" href="http://googleblog.blogspot.com/2011/01/update-from-chairman.html])">remplacé en avril 2011 par Larry Page</a>, répond : « Le but de Google n’est pas de tout monétiser. Le but est de changer le monde ». Quand le même Eric Schmidt <a class="link" href="http://www.zdnet.fr/actualites/eric-schmidt-google-seuls-les-criminels-se-soucient-de-proteger-leurs-donnees-personnelles-39711378.htm">explique en 2009</a> que « si vous ne vous ne voulez pas que l’on sache ce que vous faites sur le Net, peut-être faudrait-il simplement ne pas le faire », en réponse à une journaliste qui le questionne sur la traçabilité des informations personnelles sur Internet, le Pdg dévoile une vision moraliste et hygiéniste du monde, débarrassée de tous les défauts qui font que l’homme est homme et les sociétés toujours imparfaites.        <br />
              <br />
       Sur le chemin qu’elle s’est elle-même tracée, la société Google doit cependant encore, hélas, faire avec les reliques poussiéreuses des anciens temps obscurantistes : la souveraineté des états, la propriété intellectuelle, le droit d’auteur, le respect de la vie privée, la prescription, le secret-défense... Mais ce ne sont là que concessions temporaires et négligeables. Nul obstacle, technique ou théorique, ne saurait se dresser sur la route de la firme californienne. La transparence, le partage et la visibilité de toute donnée, sont à la fois le métier de Google et de justes causes absolues, destinées à transcender toutes les autres. Les choses cachées, les secrets, les parts d’ombre, l’ambiguïté, l’aléa, l’oubli, l’attente, la solitude, le retrait, le doute, le silence, sont des entités négatives, néfastes à l’utopie d’un monde où la possibilité infinie d’accéder à toute donnée conduit nécessairement à une augmentation du niveau de félicité !       <br />
              <br />
       En comparaison de ce messianisme, on remercierait presque Mark Zuckerberg pour la modestie de ses intentions. La légende veut en effet que quand il a inventé ce qui allait devenir Facebook, le jeune homme n’avait d’autre ambition que de se venger d’une ex-petite amie, et de permettre aux jeunes hommes d’Harvard de « noter » la beauté physique des étudiantes du campus. Mais aujourd’hui, Zuckerberg se fait, comme ses pairs, le chantre d’une morale puritaine de la transparence, vertu qui, hasard admirable, colle magnifiquement avec le « business model » de son entreprise.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Wikileaks et les utopiques anonymes</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.pierredebeauville.com/photo/art/default/3325518-4771887.jpg" alt="Internet, berceau de nouvelles idéologies ?" title="Internet, berceau de nouvelles idéologies ?" />
     </div>
     <div>
      Rendre l’information accessible, refuser l’ordre établi, changer le monde. Le projet googlien est-il si différent de celui de Wikileaks ?  « Parvenir à de justes réformes dans le monde »[1] est l’ambition de Julian Assange, fondateur de la plateforme de divulgation anonyme de documents que désormais tout le monde connaît. Wikileaks est assurément la créature d’Assange, et Assange la créature de l’ère en devenir qui est la nôtre et qu’il entend bien façonner. Réussit-il ? Pour l’instant, en étant bombardé « chef de file » d’une certaine jeunesse connectée et agissante. Une génération connecté, aussi radicalement hostile aux pouvoirs et valeurs du monde ancien qu’elle est fascinée par son propre pouvoir. Car à l’occasion de l’affaire Wikileaks, tout un mouvement cyberactiviste est sorti du bois, prétendant jouer un rôle historique et portant un regard plutôt complaisant sur ce rôle.       <br />
              <br />
       Les Anonymous constituent un collectif informel, diffus et radical de cyber-militants, né par génération spontanée parmi les utilisateurs de 4chan.org, un site anglais de partage d’images, fondé en 2003 par un adolescent de 15 ans. Les Anonymous se sont illustrés fin 2010 en déclenchant des attaques informatiques contre les entreprises ayant cessé leur collaboration avec Wikileaks. Les « Anon » ont également joué un rôle dans la mobilisation des opinions publiques en ligne en<a class="link" href="http://owni.fr/2011/02/01/bonjour-vous-avez-demande-les-anonymous/"> soutien aux révolutions arabes</a>. En mars 2011, les Anonymous <a class="link" href="http://lexpansion.lexpress.fr/entreprise/les-revelations-d-anonymous-sur-bank-of-america_250567.html">ont publié des mails internes de la Bank of America</a>, concernant des procédures douteuses d’expulsion d’emprunteurs immobiliers défaillants.       <br />
              <br />
       La vision du monde des Anon, telle qu’elle se déploie sur les nombreux sites internet du mouvement, (tel <a class="link" href="http://whyweprotest.net])">whyweprotest.net</a> laisse entendre, grosso modo, qu’ils souhaitent utiliser Internet pour porter les voix des sans-voix et rendre possible des mobilisations rapides et massives contre les abus des pouvoirs constitués, publics ou privés. A <a class="link" href="http://www.whyweprotest.net/vision/">la lecture</a>, un constat s’impose : cette volonté de mobilisation est muette sur le contenu précis des objectifs poursuivis. Même si l’on se doute qu’elle ne s’effectuera pas pour réclamer plus de contrôle, plus de police, plus de normes et règlements, la volonté des Anonymous semble être détachée de tout contenu politique. Pas de références marxistes, trostkystes, ni même anarchistes, libertaires ou libertariennes, mais une passion, a priori salutaire, pour les Droits de l’Homme, et en premier lieu <a class="link" href="http://www.whyweprotest.net/freedom-of-information/">la liberté d’opinion et d’expression telle que définie à l’article 19 de la Déclaration Universelle de 1948</a>. En l’état, cependant, l’activisme revendiqué peut aussi bien servir des objectifs conservateurs ou réactionnaires que des objectifs progressistes ou révolutionnaires.       <br />
              <br />
       Les Anonymous et les activistes qui se réclament ou non d’eux, sont-ils donc porteur d’une idéologie ? Pour le savoir, il faut se tourner vers des références de la culture de masse dans les domaines de  la bande-dessinée et du cinéma ! Lors de leurs manifestations de rue, les Anonymous revêtent un certain masque, celui du héros anonyme du Comic V pour Vendetta, qui représente en fait Guy Fawkes, protagoniste le plus célèbre de la Conspiration des Poudres, complot catholique visant à faire disparaître, en 1605, le roi Jacques 1er d’Angleterre. En 2006, les frères Wachowsky réalisent une adaptation cinématographique de la bande dessinée. Le film fait explicitement référence à la Conspiration des Poudres, notamment en montrant l’explosion du Parlement britannique, opérée par le héros et sa complice.       <br />
              <br />
       Quelques années avant V pour Vendetta, le film culte Matrix, tourné par les mêmes réalisateurs, a porté un éclairage documenté[2], romancé et complaisant sur la culture des réseaux underground. Néo, informaticien passif le jour, hacker rebelle la nuit, est contacté par d’autres pirates informatiques qui lui révèlent la Vérité: le monde tel que nous le vivons et le percevons n’est qu’un programme généré par une Matrice qui maintient l’homme en état de servitude absolu. Au sein de ce monde virtuel et illusoire, des « agents »,  programmes policiers, sont chargés de repérer et de punir les êtres qui souhaitent s’affranchir de la domination. C’est donc la haute mission du hacker de révéler au monde son état d’asservissement consenti, par des actions spectaculaires.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Démocratie directe et morale de la transparence</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.pierredebeauville.com/photo/art/default/3325518-4772051.jpg" alt="Internet, berceau de nouvelles idéologies ?" title="Internet, berceau de nouvelles idéologies ?" />
     </div>
     <div>
      Que nous disent ces références culturelles ?        <br />
              <br />
       Qu’il n’y a pas finalement pas de politique qui ne soit d’asservissement.       <br />
              <br />
       Que toute autorité est suspecte, cachotière, injuste par nature, et doit être combattue en tant que telle.        <br />
              <br />
       En jetant le bébé de la démocratie représentative avec l’eau du bain totalitaire, en préférant la fin de la politique comme remède à ses excès, l’idéologie des Anonymous et autres, qu’il serait vain de réduire à l’antiparlementarisme des anciens temps, espère en fait favoriser l’avènement d’une démocratie directe réelle, où chacun pourrait s’exprimer sur la gestion des affaires publiques, et influer sur elles, pour peu qu’il sache fédérer autour de lui des personnes désirant les mêmes objectifs. Dans un film français de 2010, the 8th Wonderland, les millions de membres d’un réseau social international proclament un Etat virtuel indépendant et font pièce aux politiques des états-nations réels.       <br />
              <br />
       Internet est-il l’outil par lequel se réalisera bientôt une agora universelle ? Certains, au sein des multinationales les plus capitalistes comme au sein des communautés activistes les plus informelles, le pensent et agissent en ce sens. Elites et rebelles, armateurs et pirates sont aujourd’hui d’accord pour « changer le monde ».        <br />
       Ambition louable mais vide de contenu. Ambition problématique également au regard des critères habituels de la légitimité démocratique : Personne ne leur a rien demandé. Personne ne les a élus pour cela. Mises à part leurs compétences techniques, aucune légitimation philosophique, humaniste, éducative, humanitaire ou sociale ne les prédispose à cette haute mission. Ambition un peu inquiétante même, quand Pdg et rebelles estiment que c’est l’information, son accès, sa divulgation, son partage équitable, qui changent le monde. La transparence, cette glasnost qui a été capable de faire tomber l’empire soviétique, est pour eux valeur suprême et bras armé du changement. Transparence des vies privées pour Google et compagnie, transparence des vies publiques pour Wikileaks et consorts.         <br />
              <br />
       Ainsi, d’un bout à l’autre du spectre, et sans complot aucun, une communauté de vues et d’intérêts se fait jour, que l’on peut résumer ainsi : Ce qui est bon pour le réseau est bon pour la transparence, et bon pour l’humanité. Ce que la technique rend possible est souhaitable, afin de progresser vers l’utopie d’une démocratie directe, mondiale, hyper-morale. Le monde journalistique, concerné au premier chef, semble fasciné par cette vision du monde.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Les médias 2.0 entre cynisme et technophilie</b></div>
     <div>
      Dans une tribune de 2010 [3], l’écrivain et diplomate Jean-Christophe Rufin a dressé une intéressante filiation entre ces nouveaux activismes et les anciens. Il distingue trois âges de la révolte contemporaine : l’humanitaire, l’altermondialisme, enfin l’écologie radicale et le militantisme virtuel. Pour Rufin, ce troisième âge renoue avec l’idéalisme des engagements humanitaires, mais l’auteur s’émeut de ce que ces nouveaux pouvoirs paraissent sans aucune autre limite que celle des techniques, et qu’ils s’attaquent à des entités démocratiques. Cette position a le mérite d’afficher un certain esprit critique sur ces nouvelles formes de militantisme. Un scepticisme aussi salutaire qu’il est isolé.       <br />
              <br />
       Depuis 2009, un chercheur et blogueur biélorusse, Evgueny Mozorov, encourage le monde médiatique et académique à moins de naïveté vis-à-vis des effets positifs d’Internet sur l’évolution des sociétés politiques. Il explique en substance qu’Internet peut servir aussi bien aux mouvements de libération des sociétés civiles qu’à leur féroce répression. A peine a-t-il proféré ses thèses que les médias techno-béats[4], <a class="link" href="http://owni.fr/2011/02/02/doctorow-pour-une-critique-serieuse-du-cyber-activisme-contre-morozov/">relayent des critiques</a>  l’accusant tout compte fait de ne pas être assez enthousiaste à l’égard du « pouvoir libérateur d’Internet ».       <br />
              <br />
       L’air du temps est en effet plutôt à l’approbation pure et simple de tout ce qui vient du web, et à la critique de toute critique des merveilles proposées par les nouvelles formes d’engagements virtuels. De cette absence de prise de recul, les médias modernes sont à la fois coupables et victimes. Les médias ont eu leur Watergate. Les internautes ont leur Wikileaks. Une poignée de nerds ou de geeks [5] déstabilise maintenant plus de dominants que tous les Canards Enchaînés du monde.       <br />
              <br />
       Constatant non seulement leur impuissance, mais encore la puissance et l’efficacité supérieure d’informaticiens ou de jeunes adultes et ados talentueux et révoltés, les médias en ligne louvoient entre admiration et jalousie. Dans un paysage médiatique sinistré par les effets mêmes de la révolution informatique qu’ils adulent, les journalistes en sont réduits à commenter les dernières prouesses des hackers ou à tester gadgets, applis et iPad dont les multinationales féroces mais à l’image sympa saturent le marché. Et quand ils tentent d’entrer dans l’analyse de fond, les observateurs du Web 2.0 semblent transis de peur à l’idée de rater le prochain « buzz » ou de ne pas dénicher le prochain Zuckerberg.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Pour une critique de la raison numérique</b></div>
     <div>
      Les « influenceurs » du Net se partagent ainsi entre cynisme permanent vis-à-vis des mondes politiques anciens, et fascination résignée pour le moindre joujou issu de la Silicon Valley. Avec et par ce néo-journalisme tétanisé, une opinion publique en ligne, bavarde et hypnotisée par la technique se fait jour, sur Twitter et ailleurs. Dans ce maëlstrom de mutations, dominé par des multinationales messianiques et des milieux activistes convaincus que le nombre et la compétence technique légitiment tout, les analyses des nouveaux rapports de force et des nouvelles convergences sont encore trop rares, ou biaisées par un a priori technophile. Une pensée critique des réseaux, de leurs maîtres, de leurs visions du monde, de leurs hérauts, de leurs mythes, de leurs effets, reste à fonder.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Renvois et références</b></div>
     <div>
      [1] “The aim of Wikileaks is to achieve just reform around the world, and do it through the mechanism of transparency”. Interview de Julian Assange sur SVT, télévision suédoise, le 30 avril 2010.       <br />
              <br />
       [2] Sur les références du film Matrix : Alain Badiou et collectif, <span style="font-style:italic">Matrix, Machine philosophique</span>, Ellipses, 2003.       <br />
              <br />
       [3] Jean-Christophe Rufin, « Wikileaks ou la troisième révolte », <span style="font-style:italic">Le Monde</span>, 21 décembre 2010.       <br />
              <br />
       [4] Une plongée dans la production éditoriale de sites comme Slate, Huffington Post, Owni, Wired et autres « pure-players » de l’information en ligne donne une idée de ce que peut être défini comme un journalisme d’acquiescement. Un journalisme subjugué par le temps qu’il est censé décrypter.       <br />
              <br />
       [5] Anglicismes désignant de manière affectueuse et/ou péjorative ces personnes, souvent jeunes, fans d’informatique, de sciences, de jeux vidéo, de science-fiction et de gadgets, au point parfois d’en délaisser d’autres aspects de la vie, notamment les relations humaines et amoureuses.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="http://www.pierredebeauville.com/Internet-berceau-de-nouvelles-ideologies_a48.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Trois contributions sur les cultures jeunes sur Atlantico</title>
   <updated>2012-01-26T13:58:00+01:00</updated>
   <id>http://www.pierredebeauville.com/Trois-contributions-sur-les-cultures-jeunes-sur-Atlantico_a43.html</id>
   <category term="Ecritures" />
   <photo:imgsrc>http://www.pierredebeauville.com/photo/art/imagette/3285773-4708723.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2011-09-19T17:18:00+02:00</published>
   <author><name>Pierre De Beauvillé</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Depuis septembre 2011, j'écris un billet régulier sur les cultures ados expliquées à ma grand-mère sur le site atlantico.fr, rubrique "Décryptages".     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.pierredebeauville.com/photo/art/default/3285773-4708723.jpg" alt="Trois contributions sur les cultures jeunes sur Atlantico" title="Trois contributions sur les cultures jeunes sur Atlantico" />
     </div>
     <div>
      Suite à la parution de mon livre &quot;Guide des cultures ados à l'usage des adultes&quot;, le site m'a tout d'abord interviewé :       <br />
              <br />
       <a class="link" href="http://www.atlantico.fr/decryptage/cultures-jeunes-vieillissent-skate-rap-rock-techno-127215.html">Les recettes de ces cultures jeunes qui ne vieillissent pas</a>       <br />
              <br />
       Depuis la rentrée 2011, j'y publie désormais une série sur les cultures ados :       <br />
              <br />
       <a class="link" href="http://www.atlantico.fr/decryptage/nouvelle-scene-rock-francaise-ado-179686.html">La nouvelle scène rock française expliquée à ma grand-mère </a>       <br />
              <br />
       <a class="link" href="http://www.atlantico.fr/decryptage/nouvelle-scene-rock-francaise-ado-179686.html">Les jeux vidéos expliqués à ma grand-mère</a>       <br />
              <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="http://www.pierredebeauville.com/Trois-contributions-sur-les-cultures-jeunes-sur-Atlantico_a43.html" />
  </entry>
</feed>

